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Informatique & IAInfrastructure & réseau

Dockhand, Portainer ou Arcane : quelle interface pour piloter Docker ?

· Michel Aguilera

Lecture : 9 min · Pour les curieux, sans prise de tête

Si vous avez un petit serveur à la maison, un Raspberry Pi ou un coin de cloud privé, vous avez probablement déjà empilé plusieurs applications dessus — chacune dans sa boîte. Ces boîtes, on les appelle des conteneurs. Docker, c’est l’outil qui les fabrique et les fait vivre. Très pratique… jusqu’au moment où il faut les démarrer, les mettre à jour, lire leurs journaux, ou comprendre pourquoi l’une d’elles a planté à 3 h du matin.

Bonne nouvelle : on n’est pas obligé de tout faire en ligne de commande. Il existe des interfaces web qui parlent à Docker à votre place. J’ai regardé trois d’entre elles de près : Dockhand, Portainer et Arcane. Je vous propose un tour guidé — home lab d’un côté, entreprise de l’autre — avec un peu de clarté sur les licences et les prix.

Machine physique, machine virtuelle, conteneur

Avant de comparer les tableaux de bord, un petit détour que je me fais souvent quand on me demande « mais c’est quoi, un conteneur ? ». Trois étages, une seule idée : faire tourner des applications sans tout mélanger.

  • Machine physique : l’ordinateur ou le serveur « en vrai », avec son disque, sa mémoire, son système. Un immeuble entier.
  • Machine virtuelle (VM) : un ordinateur simulé à l’intérieur d’un autre. Il a son propre système d’exploitation complet — comme louer un appartement entier, cuisine et salle de bain comprises, même pour une seule appli.
  • Conteneur : une boîte légère qui embarque surtout l’application et ce dont elle a besoin, tout en partageant le système de la machine hôte. Comme une chambre meublée dans l’immeuble : isolée des voisins, mais sans reconstruire tout le bâtiment.

Pourquoi j’aime (et pourquoi tant de monde adore) les conteneurs :

  • ils démarrent en quelques secondes — pas le temps d’un café pour booter un OS entier ;
  • ils sont légers : on en empile beaucoup sur la même machine ;
  • ils sont portables : la même boîte tourne chez vous, sur un Pi, ou chez un hébergeur.

Docker, c’est l’outil qui fabrique et fait vivre ces boîtes. Et les trois interfaces que je vais vous présenter — Dockhand, Portainer, Arcane — ce sont simplement les tableaux de bord : on voit les conteneurs, on clique, on lit les journaux, on met à jour, sans devoir mémoriser une litanie de commandes.

Dockhand : moderne, gratuit pour le home lab, prêt pour l’entreprise

Commençons par Dockhand. C’est un outil auto-hébergé (il tourne chez vous) développé par Finsys. Leur site le résume mieux que moi : « Free for homelabs, ready for enterprise ». Une commande Docker, une base SQLite par défaut, zéro télémétrie, et ça tient même sur un Raspberry Pi. J’aime bien ce genre de promesse sobre.

Le tableau de bord Dockhand : CPU, mémoire et disque en direct par environnement (source : GitHub Finsys/dockhand).

Ce que j’y ai trouvé, d’après le dépôt et le site officiel :

  • gérer conteneurs, images, réseaux, volumes ;
  • déployer des stacks Compose (plusieurs boîtes qui travaillent ensemble), avec un éditeur visuel ;
  • brancher plusieurs hôtes Docker — local, distant, ou via l’agent Hawser derrière un pare-feu ;
  • du GitOps : déployer depuis un dépôt Git, avec webhooks ;
  • scan de vulnérabilités (Grype / Trivy), sauvegardes (restic, encore en bêta), secrets externes (Vault, 1Password, Bitwarden…) ;
  • SSO / OIDC et MFA inclus dans la version gratuite.

Licence et coûts, parce que ça compte. Dockhand est publié sous Business Source License 1.1 (BSL 1.1). En résumé (leur licence officielle) : gratuit sans clé pour le home lab, les associations, l’éducation, et pour le développement / les tests même en entreprise. En revanche, l’usage en production commerciale demande une licence payante : SMB à 499 $ par hôte et par an, Enterprise à 1 499 $ par hôte et par an (LDAP/AD, RBAC, journaux d’audit). Chaque version passe en Apache 2.0 quatre ans après sa publication. Et sans accord séparé, on ne peut pas le proposer comme service SaaS à des tiers.

Ce que j’aime. Interface récente, fonctions riches dès le gratuit (SSO, scans, multi-hôtes), positionnement clair entre home lab et entreprise.

Ce qui me freine un peu. La BSL, à bien lire si vous êtes une société en production ; le RBAC « sérieux » est réservé à Enterprise ; le projet est plus jeune que Portainer (dépôt créé fin 2025).

Une démo en anglais que je trouve parlante (Lawrence Systems — chaîne citée sur le site Dockhand) :

Portainer : le vétéran qui parle aussi Kubernetes

Portainer, lui, existe depuis 2016. C’est souvent le premier nom qui revient quand on parle de « UI pour Docker ». Il gère Docker, mais aussi Docker Swarm, Podman, Kubernetes et Azure ACI — le tout depuis la même console. Home lab ou entreprise, c’est régulièrement celui qu’on connaît déjà.

Visuel officiel Portainer : une plateforme pour Docker, Kubernetes et au-delà (source : portainer.io).

Deux éditions à ne pas confondre — je vous le dis tout de suite, ça évite les malentendus :

  • Community Edition (CE) : gratuite, open source (licence zlib). Pensée pour le home lab, l’apprentissage et l’usage personnel. Leur README est franc : pas d’intention de support commercial ni de garantie pour la production métier.
  • Business Edition (BE) : la version « pro ». Gratuite pour 3 nœuds, sans limite de durée (offre Take 3). Au-delà, des formules payantes. Elle ajoute notamment un RBAC avancé, du GitOps complet, SSO / Active Directory, des journaux d’audit, la gouvernance de flotte, le provisioning Kubernetes, et du support commercial.

Licence et coûts (sources : portainer.io/pricing et docs Portainer, octobre 2026) :

  • BE gratuit : jusqu’à 3 nœuds ;
  • Home & Student : 155 $/an, jusqu’à 15 nœuds, usage non commercial uniquement ;
  • Starter : à partir de 1 045 $/an (options 5 / 10 / 15 nœuds) ;
  • Scale : à partir de 2 095 $/an, support 9×5 ;
  • Enterprise : sur devis.

Ce que j’aime. La maturité, l’écosystème large, Kubernetes et le multi-runtime, un chemin clair vers l’entreprise, et ces 3 nœuds BE gratuits pour démarrer sérieusement.

Ce qui me freine un peu. L’interface et le vocabulaire peuvent paraître plus « entreprise » qu’Arcane ou Dockhand ; la CE est volontairement plus limitée ; au-delà de 3 nœuds en BE, il faut sortir le carnet de chèques.

Une intro officielle que je vous recommande (Microsoft Developer, avec le CEO de Portainer, environ 17 minutes) :

Arcane : « always free, forever » — pensé pour tout le monde

Arcane, c’est l’autre visage du home lab moderne. Le site le dit sans détour : « Always free. Forever. Never changing. » Licence BSD-3-Clause : vous pouvez l’utiliser, le modifier, y compris en contexte commercial, en respectant la notice de copyright. Pas de palier SMB, pas de clé pour débloquer le RBAC. Franchement, ce genre de promesse, ça me parle.

Le tableau de bord Arcane : une vue claire de vos conteneurs et ressources (source : GitHub getarcaneapp/arcane).

D’après leur site et leur documentation, voici ce que j’y vois :

  • gestion des conteneurs, images, réseaux, volumes, projets Compose ;
  • monitoring en temps réel, scans de vulnérabilités, sauvegardes ;
  • hôtes distants via agents, support Swarm, option Podman ;
  • SSO, passkeys, rôles ; API REST documentée ; application mobile évoquée dans la doc ;
  • installation en un fichier Compose, documentation soignée.

Sur GitHub, le projet dépasse les 8 000 étoiles (indicatif, octobre 2026) — signe d’un engouement rapide dans la communauté self-hosted. Pas négligeable.

Ce que j’aime. La gratuité pérenne, une licence très permissive, une UX moderne, et des fonctions home lab très complètes sans « mur payant ».

Ce qui me freine un peu. Moins orienté « grande entreprise / Kubernetes multi-cluster » que Portainer ; pas d’écosystème commercial ni de support payant (c’est assumé) ; projet plus récent que Portainer (créé en 2025).

Un tutoriel détaillé en anglais que j’ai trouvé utile (Christian Lempa) :

Le match en un coup d’œil

Pour celles et ceux qui aiment les tableaux (moi le premier) :

Dockhand Portainer Arcane
En une phrase UI Docker moderne, free home lab / payant en prod pro Plateforme mature Docker + Kubernetes UI Docker moderne, free pour toujours
Licence BSL 1.1 → Apache 2.0 après 4 ans CE : zlib · BE : commerciale BSD-3-Clause
Prix home lab 0 $ CE gratuite · BE 3 nœuds gratuits · Home & Student 155 $/an 0 $ pour toujours
Prix entreprise (indicatif) 499 $ ou 1 499 $ / hôte / an Starter dès 1 045 $/an · Scale dès 2 095 $/an · Enterprise sur devis 0 $ (pas d’offre commerciale)
Multi-hôtes Oui (+ agent Hawser) Oui (agents, edge) Oui (agents)
Kubernetes Non (focus Docker) Oui Non (focus Docker / Swarm / Podman)
SSO / MFA Oui (gratuit) Oui (surtout BE) Oui
RBAC avancé Enterprise Business Edition Rôles inclus (doc)
Stars GitHub (indicatif) ~6,8 k ~38,7 k ~8,0 k

Home lab : qui s’en tire le mieux ?

Pour un laboratoire à la maison — un ou quelques serveurs, des dizaines de conteneurs, l’envie de cliquer plutôt que de taper — mon premier réflexe irait aujourd’hui vers Arcane : tout est gratuit, la licence ne vous guette pas demain matin, l’interface est pensée pour le quotidien self-hosted, et la communauté en parle beaucoup.

Dockhand n’est pas loin derrière, et parfois devant selon vos goûts : scans, secrets externes, agent Hawser, SSO gratuit… Excellent choix home lab aussi, à condition d’accepter la BSL (gratuit pour un usage personnel, ce qui couvre le cas typique).

Portainer reste un très bon compagnon, surtout si vous prenez la Business Edition sur 3 nœuds gratuits (beaucoup plus complète que la CE) ou si vous imaginez déjà un pied dans Kubernetes.

En résumé, pour mon home lab à moi : Arcane en premier réflexe, Dockhand en alternative premium free, Portainer si je veux le « standard » ou un pont vers K8s.

Entreprise : qui a l’orientation la plus professionnelle ?

Là, mon podium change. Portainer est clairement taillé pour l’organisation : Kubernetes, gouvernance de flotte, SSO / AD, audit, support commercial, revendeurs, formules Starter / Scale / Enterprise. C’est l’outil qui a une réponse quand la DSI demande « et demain, on industrialise ? ».

Dockhand peut suivre une PME qui reste sur Docker et veut de la conformité (LDAP, RBAC, audit) via l’édition Enterprise — avec un modèle de licence à prévoir dès la production métier.

Arcane peut tout à fait tourner dans une petite boîte (la BSD le permet), mais il ne se présente pas comme une plateforme entreprise avec support et catalogue de conformité. Ce n’est pas un défaut : c’est un autre métier. Et j’apprécie qu’ils l’assument.

Ce que je ne sais pas (encore)

Honnêteté oblige — je préfère le dire franchement :

  • les étoiles GitHub bougent chaque jour ; les chiffres que je cite sont un instantané d’octobre 2026 ;
  • je n’ai pas installé les trois outils côte à côte pour cet article : les fonctions listées viennent des dépôts, sites et documentations officiels ;
  • le détail exact des rôles Arcane (granularité RBAC) mérite une vérif dans votre propre lab — et dans le mien, un de ces jours ;
  • les tarifs Portainer et Dockhand peuvent évoluer : leurs pages pricing font foi ;
  • une vidéo comparative Arcane vs Dockhand existe aussi (WEBdoze) ; elle n’est pas neutre à 100 %, comme tout avis de créateur.

En conclusion

Trois tableaux de bord, trois personnalités. Arcane brille pour le home lab libre et moderne. Dockhand séduit le même public, avec une porte ouverte vers le payant pro. Portainer domine dès que l’entreprise, Kubernetes ou le support commercial entrent dans la danse.

Le meilleur outil, au fond, c’est celui qui correspond à votre nombre de machines, à votre tolérance pour les licences, et à votre envie (ou non) de toucher à Kubernetes. Installer les trois sur une machine de test reste le meilleur juge — et grâce à Docker, ça se fait… en quelques conteneurs. Amusant, non ?

Je continuerai à suivre ces outils, qui évoluent vite, pour vous les expliquer simplement. À très bientôt !

Références

Dockhand

Portainer

Arcane

Comparatif tiers (à lire avec du recul)

Rédigé avec l’assistance de l’IA