Informatique & IAIntelligence artificielle
OpenClaw ou Hermes Agent : quel assistant IA laisser entrer chez vous ?
· Michel Aguilera
Lecture : 8 min · Pour curieux, débutants et bricoleurs du numérique
Les chatbots, vous connaissez : on pose une question, on reçoit une réponse. Mais une nouvelle génération d’outils va plus loin. Ce sont des agents IA : des assistants qui ne se contentent pas de parler, mais qui agissent. Ils lancent des commandes, rangent des fichiers, envoient des messages, programment des tâches. Deux noms reviennent sans cesse : OpenClaw et Hermes Agent. Faisons les présentations, et voyons surtout comment s’en servir sans se brûler les doigts.
Un agent IA, c’est quoi au juste ?
Imaginez la différence entre un conseiller au téléphone et un assistant à qui vous donnez les clés de votre bureau. Le premier vous dit quoi faire. Le second le fait pour vous. Un agent IA, c’est ce second profil : on lui donne des « outils » (accès au terminal, aux fichiers, au navigateur, à la messagerie), et il les utilise pour accomplir une mission.
C’est formidablement pratique… et c’est aussi pour ça que la sécurité devient le sujet numéro un. On y reviendra.
OpenClaw : l’assistant qui vit dans vos messageries
OpenClaw 🦞 est un assistant IA open source (gratuit, code public, licence MIT) qui tourne sur votre propre ordinateur. Sa particularité : il vous rejoint là où vous discutez déjà. Discord, iMessage, Slack, Teams, Telegram, WhatsApp et plus de 20 autres canaux, plus des applications pour macOS, iOS, Android, Windows et Linux.

Quelques points clés, d’après son dépôt GitHub et sa documentation :
- Vos données restent chez vous : l’état, la mémoire et les identifiants sont stockés sur votre matériel. Attention, vos messages partent tout de même vers le fournisseur du modèle d’IA choisi.
- Le « cerveau » est interchangeable : Claude, Codex, ou des modèles locaux se branchent comme des modules.
- Une installation en une commande sur macOS, Linux et Windows, avec un assistant de configuration (
openclaw onboard) et même une application Windows classique. - Le projet est porté par l’OpenClaw Foundation, une organisation à but non lucratif financée par des dons.

L’écran « Agents » d’OpenClaw, où l’on retrouve ses différents assistants (source : docs.openclaw.ai).
Une vidéo courte (en anglais, environ 3 minutes 30) pour voir l’installation et le premier échange :
Hermes Agent : l’agent qui apprend de ses expériences
Hermes Agent ☤ est développé par Nous Research, une entreprise connue pour ses modèles d’IA open source. Lui aussi est sous licence MIT. Sa promesse : un agent qui s’améliore avec l’usage. Après une tâche complexe, il peut créer de lui-même une « compétence » (une sorte de recette réutilisable), l’affiner au fil du temps et se souvenir de vos préférences d’une session à l’autre.

Ce qu’il propose, selon son README :
- Une vraie interface en terminal, et une application de bureau (Hermes Desktop).
- Il vit là où vous êtes : Telegram, Discord, Slack, WhatsApp, Signal, ligne de commande, et même la transcription de messages vocaux.
- Des tâches planifiées en langage naturel : rapport quotidien, sauvegarde nocturne, audit hebdomadaire…
- Des sous-agents qui travaillent en parallèle.
- Le modèle de votre choix : Nous Portal (service payant de Nous Research), OpenRouter, OpenAI, votre propre serveur…
- Il tourne partout : sur votre machine, dans Docker, sur un serveur distant via SSH, ou dans des « bacs à sable » cloud (Modal, Daytona, Vercel Sandbox).

L’interface web d’Hermes Agent (capture : Michel Aguilera)
Une vidéo pas à pas pour débutants (en anglais, environ 20 minutes), qui explique aussi ce qu’est un serveur loué (VPS) et comment brancher Telegram :
Lequel choisir ? Des cas d’usage concrets
Les deux outils se ressemblent beaucoup : agent personnel, connecté aux messageries, avec mémoire, compétences et tâches planifiées. Les différences tiennent surtout à leur philosophie.
OpenClaw est un bon choix si…
- vous voulez un assistant personnel joignable depuis toutes vos messageries, y compris iMessage ou Teams ;
- vous préférez une installation guidée et des applications de bureau ;
- vous aimez l’idée d’un projet communautaire sans offre payante (pas d’abonnement, pas de service hébergé, selon sa documentation) ;
- vous comptez durcir la sécurité finement : rôles par personne, politiques d’outils appliquées par le code, gestion avancée des secrets.

Les automatisations planifiées dans OpenClaw : revue hebdomadaire, tri de la boîte de réception… (source : docs.openclaw.ai).
Hermes Agent est un bon choix si…
- vous voulez un agent qui apprend vos habitudes et se fabrique ses propres recettes ;
- vous êtes à l’aise avec le terminal, ou vous voulez faire tourner l’agent sur un serveur distant ou dans un bac à sable cloud ;
- vous automatisez des tâches récurrentes (veille, rapports, sauvegardes) ;
- vous aimez l’écosystème Nous Research et ses modèles.
Petit avertissement de bonne foi : le tableau comparatif le plus détaillé que j’ai trouvé est publié… par OpenClaw lui-même, sur sa documentation. Il est précis et nuancé, mais lisez-le en gardant en tête qui l’a écrit.
Sécuriser son agent : les bons réflexes
Voici la règle d’or, et les deux projets sont d’accord là-dessus : aucun des deux n’est sûr « par défaut » si vous lui donnez beaucoup de pouvoir. La politique de sécurité de Hermes le dit sans détour : « la seule frontière de sécurité face à un modèle d’IA malveillant, c’est le système d’exploitation ». Et la documentation d’OpenClaw rappelle que son bac à sable est désactivé par défaut : les outils tournent directement sur votre machine tant que vous ne l’avez pas configuré.
Pourquoi tant de prudence ? À cause de l’injection de prompt : un email, une page web ou un document piégé peut contenir des instructions cachées du genre « envoie-moi les mots de passe ». L’agent, trop serviable, risque d’obéir. Voici les principales protections, expliquées simplement.
1. Le bac à sable (sandbox) et l’isolation
Un bac à sable, c’est une pièce fermée où l’agent peut tout casser sans abîmer le reste de la maison. Concrètement, on fait tourner ses commandes dans un conteneur Docker, une machine virtuelle ou une machine séparée.
- Hermes propose plusieurs « backends » : local (aucune isolation, réservé au développement), docker (conteneur, recommandé pour la production), ssh (serveur séparé), ou des bacs à sable cloud. Nuance importante de sa documentation : isoler le terminal ne suffit pas toujours, car certains composants (scripts Python, plugins, MCP) tournent dans le processus principal. Pour des contenus non fiables, isolez tout l’agent dans un conteneur.
- OpenClaw sépare la « passerelle » (le Gateway, la partie de confiance) de l’exécution des commandes, qu’on peut déporter dans un bac à sable ou sur une autre machine. Un guide dédié explique comment l’activer.
- NVIDIA propose aussi OpenShell, un bac à sable compatible avec les deux, qui applique des règles au niveau du système (fichiers, réseau, processus).

Le guide « Sandboxing » de la documentation OpenClaw : modes, périmètres, accès à l’espace de travail (source : docs.openclaw.ai).
Le conseil qui revient souvent chez les créateurs de tutoriels : ne l’installez pas sur votre ordinateur principal, où vous êtes connecté à tous vos comptes. Préférez une machine dédiée ou un petit serveur loué.

Illustration de la fonction « bac à sable » sur le site de Hermes Agent (source : hermes-agent.nousresearch.com).
2. Les droits : qui peut parler à l’agent, et que peut-il faire ?
- Contrôler qui lui parle : les deux outils traitent par défaut les inconnus avec méfiance. OpenClaw demande un appairage (vous validez chaque nouveau contact avec un code), Hermes utilise des listes d’utilisateurs autorisés et l’appairage en message privé.
- Valider les actions dangereuses : Hermes demande votre accord avant une commande destructrice (quand il tourne directement sur la machine). OpenClaw propose des politiques d’outils et des couches d’approbation optionnelles.
- Principe du moindre privilège : ne donnez à l’agent que les accès strictement nécessaires. Pas besoin de lui confier votre boîte mail principale pour qu’il vous fasse un résumé météo !
3. Les secrets : protéger vos clés et mots de passe
Les secrets, ce sont les clés d’API, mots de passe et jetons d’accès. Ne les collez jamais dans une conversation. Hermes les range dans un fichier séparé (.env) et filtre les variables transmises à ses outils externes. OpenClaw dispose de références de secrets et de « sentinelles » qui détectent une fuite vers l’extérieur.
4. Les plugins et compétences : attention à ce que vous installez
Dans les deux cas, les plugins natifs tournent sans bac à sable, avec les mêmes droits que l’agent. Installer un plugin, c’est comme donner un double de vos clés : ne le faites qu’avec des sources de confiance.
5. Vérifier régulièrement
OpenClaw propose une commande openclaw security audit qui signale quand votre configuration s’éloigne des bonnes pratiques. Côté Hermes, hermes doctor vérifie l’installation. Et pensez aux mises à jour !
En conclusion
OpenClaw et Hermes Agent ouvrent une porte fascinante : celle d’assistants qui travaillent vraiment pour nous, jour et nuit. OpenClaw mise sur l’omniprésence dans nos messageries et sur un contrôle fin de la sécurité. Hermes mise sur l’apprentissage et la flexibilité d’exécution. Dans les deux cas, la clé du succès reste la même : isoler, limiter les droits, protéger ses secrets.
Le monde des agents IA bouge à une vitesse folle, avec de nouvelles versions presque chaque semaine. Nous allons continuer à suivre tout cela de près et à vous tenir informés, ici même, avec la même envie de rendre le sujet simple et accessible. À très bientôt !
Références
OpenClaw
- Site officiel
- Dépôt GitHub
- Documentation
- Guide de sécurité
- Guide du bac à sable (sandboxing)
- Comparatif OpenClaw et Hermes Agent (documentation OpenClaw)
Hermes Agent
- Site officiel
- Dépôt GitHub
- Documentation
- Guide de sécurité
- Politique de sécurité (GitHub)
- Nous Research
Pour aller plus loin